Le village de Moustiers-Sainte-Marie, berceau de la faïence, au pied de ses falaises
Photo : Simone Olckers, Unsplash

Accroché à ses falaises, à l'entrée des gorges du Verdon, Moustiers-Sainte-Marie est l'un des plus beaux villages de Provence. C'est aussi le nom d'une faïence qui a fait le tour des cours d'Europe. Plats de chasse, décors bleus, guirlandes de fleurs : voici l'histoire de cet art, comment on le fabrique et où le voir aujourd'hui.

Un village de potiers au cœur des Alpes-de-Haute-Provence

Le site du tourisme régional Provence-Alpes-Côte d'Azur présente Moustiers-Sainte-Marie comme « le haut lieu de la production de faïence en Provence ». Le village, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, se trouve au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, à l'entrée des gorges du Verdon.

La terre y est pour beaucoup. Selon le dossier de presse de l'office de tourisme de Moustiers, « l'argile de Moustiers est d'une qualité incroyable et contient suffisamment de calcaire » pour ce travail.

1679 : Pierre Clérissy et l'âge d'or

Tout commence avec un potier, Pierre Clérissy. L'office de tourisme écrit qu'il « débute en 1679 l'âge d'or de la faïence ». Sur la page consacrée à l'histoire de la faïence, le même office rapporte une légende : Clérissy aurait appris le secret de l'émail blanc grâce à un moine italien. Le conditionnel est de rigueur, et les sources ne s'accordent pas sur l'origine du potier, venu d'Italie pour l'une, enfant du village pour l'autre.

Le succès est rapide. La faïence de Moustiers « gagne alors sa place dans toutes les cours d'Europe ». Au XVIIIe siècle, toujours selon l'office de tourisme, le village compte douze fabriques de faïence.

En 1726, Joseph Olérys et Edouard Roux partent en Espagne, à la demande du roi, pour transmettre leur savoir-faire à Alcora, où ils restent une dizaine d'années. Ce voyage va changer les décors de Moustiers.

Des plats de chasse aux grotesques : les grands décors

La page de l'office de tourisme sur les décors de Moustiers en retrace l'évolution.

  • Les plats de chasse. De la fin du XVIIe siècle à 1730, on fabrique chez les Clérissy de grands plats de chasse. Leurs scènes sont souvent tirées des gravures d'Antonio Tempesta, peintre italien de la Renaissance.
  • Le décor à la Bérain. Il tient son nom de Jean Bérain, dessinateur de la Chambre du Roi. Ce décor est « principalement en camaïeu bleu ». L'encyclopédie Larousse note qu'au XVIIIe siècle, Moustiers, avec ses décors adaptés de Bérain, et Marseille rivalisent avec Rouen.
  • Les guirlandes et la couleur. On doit à Joseph Olérys une évolution des décors et des couleurs. Les guirlandes apparaissent à son retour d'Espagne, le plus souvent en polychromie.
  • Les grotesques. Ce décor a été inventé par Olérys. Le mot vient des décors découverts dans le palais impérial de Néron, à Rome.
  • Les fleurs. L'office de tourisme fait une place particulière au décor de solanées, une famille de fleurs probablement peinte d'abord en Espagne et introduite en Provence par Olérys.

Comment naît une faïence

La faïence est, selon le Larousse, une « céramique à pâte argileuse, tendre, poreuse, recouverte d'un enduit imperméable et opaque ». C'est cet émail blanc et opaque qui sert de toile au peintre.

À Moustiers, l'office de tourisme décrit les étapes : une première cuisson à plus de 1 000 degrés donne le « biscuit » ; le biscuit est plongé dans un bain d'émail ; le décor est peint au pinceau ; la pièce est enfin cuite une deuxième fois pour fixer l'émail et la décoration.

Deux familles de décor existent. Le Larousse les distingue ainsi : le décor peint sur l'émail cru et cuit avec lui donne les faïences dites de grand feu ; le décor posé sur un émail déjà cuit exige une cuisson supplémentaire, à plus basse température, c'est le petit feu. Parmi les décors de Moustiers, l'office de tourisme cite d'ailleurs un décor de petit feu, aux fleurs naturelles.

Le déclin, puis la renaissance

Au XIXe siècle, la faïence de Moustiers décline. L'office de tourisme cite la guerre de 1870 et la concurrence industrielle. Le dernier atelier ferme ses portes en 1874.

Il faut attendre la fin des années 1920 pour que les fours se rallument. Marcel Provence, de son vrai nom Marcel Joannon, « journaliste, écrivain, historien, ethnologue et surtout un amoureux de la Provence », relance l'activité avec quelques amis. Il crée aussi l'Académie de Moustiers, chargée d'étudier les faïences et le folklore du village. Le dossier de presse 2023 situe cette relance en 1928.

Voir la faïence de Moustiers aujourd'hui

Le musée de la Faïence a été inauguré le 15 septembre 1929. Installé au cœur du village, dans l'ancien hôtel particulier du seigneur Berthet de la Clue, il présente plus de 500 pièces, des débuts au XVIIe siècle jusqu'aux créations contemporaines, avec les décors du Grand Salon Bleu, des Grotesques ou de la Salle Rose.

La tradition est toujours vivante : selon l'office de tourisme, Moustiers compte aujourd'hui sept ateliers de faïence qui perpétuent et renouvellent cet art. Pousser leur porte, c'est voir le geste du peintre sur l'émail encore cru.

En levant les yeux, ne manquez pas l'autre symbole du village : une étoile dorée, suspendue par une chaîne entre les deux pitons rocheux qui dominent les maisons. Le site régional l'associe à un chevalier de Moustiers parti pour les croisades au XIIe siècle.

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