Les ruines d’un château de pierre à Châteauneuf-du-Pape, sous un ciel bleu
Châteauneuf-du-Pape, Vaucluse. Photo : elle faitdesphotos, Unsplash

Une étiquette de vin se lit comme une carte d'identité. En quelques centimètres carrés, elle dit d'où vient le vin, qui l'a mis en bouteille, quelle année ont été cueillis les raisins et ce que contient la bouteille. Certaines mentions sont obligatoires, d'autres sont libres mais strictement encadrées. Voici comment s'y retrouver, en s'appuyant sur les fiches de la DGCCRF, le service de l'État chargé de contrôler ces étiquettes, et avec des exemples pris dans les appellations du Vaucluse.

Trois grandes familles de vins

La première chose à repérer, c'est la catégorie du vin. La DGCCRF sépare les vins sans indication géographique, que l'on appelait autrefois « vins de table », et les vins avec indication géographique, qui se divisent en AOP et en IGP. Cela fait trois familles.

  • **Les vins sans indication géographique** portent la mention « vin de France » ou « vin de l'Union européenne ». Ils ne peuvent pas citer une zone plus petite que le pays d'origine des raisins.
  • **Les vins à indication géographique protégée (IGP)** viennent d'une zone délimitée et suivent un cahier des charges. En Vaucluse, l'IGP Vaucluse couvre toutes les communes du département, et peut être complétée par les noms « Aigues » ou « Principauté d'Orange ». Elle produit des vins rouges, rosés et blancs.
  • **Les vins à appellation d'origine protégée (AOP)** suivent eux aussi un cahier des charges, plus exigeant que celui des IGP, selon la DGCCRF. L'INAO, l'établissement public qui gère ces signes, définit l'appellation d'origine comme un produit dont toutes les étapes de production se font selon des savoir-faire reconnus, dans une aire géographique délimitée.

Sur les bouteilles françaises, on lit souvent « appellation d'origine contrôlée ». L'AOC est le signe national : selon l'INAO, elle identifie un produit qui répond aux critères de l'AOP et protège son nom en France. L'AOP et l'IGP sont des signes européens, qui protègent le nom dans toute l'Union européenne.

Les appellations du Vaucluse, du plus large au plus précis

Dans le sud de la vallée du Rhône, le nom inscrit en gros sur l'étiquette dit beaucoup de choses. Le guide de Vaucluse Provence Attractivité présente plusieurs niveaux.

  • **Côtes du Rhône et Côtes du Rhône Villages.** Les Côtes du Rhône Villages s'étendent sur 95 communes du Vaucluse, du Gard, de l'Ardèche et de la Drôme. Vingt et une d'entre elles peuvent ajouter leur nom géographique, dont onze en Vaucluse : Gadagne, Massif d'Uchaux, Plan de Dieu, Puyméras, Roaix, Sablet, Sainte-Cécile, Séguret, Vaison-la-Romaine, Valréas et Visan. Une étiquette « Côtes du Rhône Villages Séguret » est donc plus précise qu'une étiquette « Côtes du Rhône Villages ».
  • **Les crus.** Ils portent leur propre nom d'appellation. En Vaucluse, Châteauneuf-du-Pape, et autour des Dentelles de Montmirail Gigondas, Vacqueyras, Rasteau, Beaumes-de-Venise et Cairanne, reconnu en AOP en 2015. Beaumes-de-Venise et Rasteau sont aussi connus pour leurs vins doux naturels.
  • **Ventoux et Luberon.** Ce sont deux appellations à part entière de la vallée du Rhône. Le Ventoux est devenu AOC en 1973 sous le nom de « Côtes du Ventoux » et compte 51 communes, de Malaucène à Apt. Le Luberon est AOC depuis 1988 et rassemble 36 communes.

À Châteauneuf-du-Pape, la bouteille elle-même peut servir d'indice. Selon le syndicat de l'appellation, il a fait créer en 1937 une bouteille gravée d'un écusson : la tiare pontificale au-dessus des clés de saint Pierre, entourés de l'inscription « Châteauneuf-du-Pape contrôlé ». C'est une marque collective.

Les neuf mentions obligatoires

Selon la fiche pratique de la DGCCRF, mise à jour en décembre 2025, une bouteille de vin doit porter neuf mentions.

  • **La dénomination de vente** : « vin », « vin mousseux », « vin pétillant »… Pour un vin AOP ou IGP, le nom de l'appellation peut la remplacer.
  • **Le titre alcoométrique volumique acquis**, en degrés entiers ou en demi-degrés, suivi de « % vol ».
  • **La provenance**, par exemple « vin de France » ou « Produit de France ».
  • **Le volume nominal.** Pour les vins tranquilles, les contenances sont fixées : 100, 187, 250, 375, 500, 750, 1 000 ou 1 500 ml.
  • **L'embouteilleur**, avec son nom et son adresse, précédés de « embouteilleur » ou « mis en bouteille par ».
  • **Le numéro de lot**, en général précédé de la lettre L.
  • **Les allergènes**, introduits par « contient » : les sulfites au-delà de 10 mg par litre, les œufs et les produits laitiers.
  • **La liste des ingrédients**, y compris les additifs, dans l'ordre décroissant.
  • **La déclaration nutritionnelle**, pour 100 ml : énergie, matières grasses, glucides, sucres, protéines, sel.

Ces deux dernières mentions sont obligatoires depuis le millésime 2024. Elles peuvent figurer derrière un QR code signalé par les mots « ingrédients » ou « nutrition », mais les allergènes et la valeur énergétique doivent rester sur l'étiquette papier.

S'y ajoute le message destiné aux femmes enceintes, obligatoire pour toute boisson de plus de 1,2 % vol. : le pictogramme d'une femme enceinte barrée, ou une phrase équivalente. Pour les vins effervescents, la teneur en sucre (brut nature, extra-brut, brut, sec, demi-sec, doux) est également obligatoire.

Les mentions facultatives, mais encadrées

D'autres indications ne sont pas obligatoires. Quand elles figurent sur l'étiquette, elles doivent respecter des règles précises.

  • **Le millésime.** Au moins 85 % des raisins doivent avoir été récoltés l'année indiquée.
  • **Le cépage.** Un vin peut afficher un cépage s'il en contient au moins 85 %. S'il en nomme deux ou plus, ces cépages doivent représenter 100 % du vin, et pour un AOP ou un IGP, chacun doit dépasser 15 % de l'assemblage. Une précision utile en Vaucluse, où beaucoup de vins assemblent plusieurs cépages.
  • **« Château », « clos », « cru ».** Ces mots sont réservés aux vins AOP ou IGP issus uniquement des vignes du domaine et vinifiés entièrement sur place.
  • **« Mis en bouteille au château » ou « au domaine ».** Pour les vins AOP et IGP, ces formules peuvent remplacer le nom de l'embouteilleur. Le guide de la DGCCRF précise que « mis en bouteille à la propriété » peut aussi être employé pour un vin mis en bouteille à la cave coopérative dont le vigneron est adhérent, considérée comme le prolongement de l'exploitation.
  • **« Élevé en fût » ou « vieilli en fût ».** Le vin doit avoir séjourné dans le bois, sans copeaux. Pour les vins français, au moins six mois, pour au moins la moitié du volume.
  • **Le vin biologique.** Le logo européen est obligatoire, le logo français facultatif. Les préfixes « bio » et « éco » sont réservés aux vins certifiés.
  • **Les médailles.** Elles ne peuvent venir que de concours agréés, inscrits sur une liste officielle.

Enfin, certaines formules ne sont pas définies par la réglementation. C'est le cas de « vieilles vignes » : la DGCCRF rappelle que le professionnel doit pouvoir justifier ce qu'il écrit, mais aucune règle ne définit cette mention. De même, une pastille « sélectionné par » collée sur une bouteille n'est pas une médaille.

En pratique : lire une bouteille en trente secondes

Devant un rayon ou au caveau, quelques questions suffisent. Quelle est la catégorie : vin de France, IGP ou AOP ? Quel est le nom de lieu, et à quel niveau se situe-t-il : Côtes du Rhône, Villages, Villages avec nom de commune, cru ? Qui a mis le vin en bouteille : le domaine, une cave coopérative, un négociant ? Y a-t-il un millésime, un cépage, une mention d'élevage ? Chaque réponse se lit sur l'étiquette, et chacune est contrôlée.

Le plus simple reste encore de poser la question à celui ou celle qui a fait le vin. Retrouvez les vignerons du territoire dans notre rubrique vin, et si vous êtes vigneron en Vaucluse ou en Terre de Provence, racontez-nous votre domaine.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

Sources