Dans quelques semaines, les crèches vont reprendre place sur les buffets. Avant d'acheter un berger ou un ravi, il vaut la peine de savoir ce qu'il y a derrière ces petites figures d'argile. En 2021, le ministère de la Culture a inscrit « les savoir-faire des santonniers de Provence » à l'Inventaire national du patrimoine culturel immatériel. Voici ce que dit cette fiche, et ce qu'il faut retenir pour reconnaître un santon fait à l'atelier.
Un « petit saint » né à Marseille
Le mot vient du provençal *santoun*, diminutif de *sant*, le saint. Selon la fiche d'inventaire, sa première mention écrite date de 1733. La crèche elle-même est bien plus ancienne : la tradition attribue à saint François d'Assise la première crèche vivante, à Greccio, en 1223. Il est d'ailleurs le patron des santonniers.
Pendant longtemps, les figures de crèche sont faites de bois peint et doré, de cire ou de verre filé, et elles restent surtout dans les églises. Sous la Révolution, les églises ferment et la crèche entre dans les maisons. À Marseille, Jean-Louis Lagnel (1764-1822) se met à mouler de petites figures en argile, bon marché, que les familles peuvent s'offrir. On le considère comme le « père du santon moderne ». En 1803 naît la foire aux santons de Marseille, la plus ancienne de Provence.
Le santon devient alors un objet populaire. En 1886, on recense la vente de 180 000 santons. Au XXe siècle, Thérèse Neveu (1866-1946), santonnière d'Aubagne, introduit la cuisson, qui rend les figurines plus solides ; elle devient la norme après la Seconde Guerre mondiale. En 1934 naît la Maison Fouque, à Aix-en-Provence, et en 1935 la Maison Carbonel, à Marseille. En 1952, Paul Fouque réussit à représenter un manteau soulevé par le vent : son « Coup de Mistral » est resté une référence.
Les six étapes d'un santon
La fiche d'inventaire décrit une chaîne de gestes que l'on retrouve dans chaque atelier.
- **Le modelage.** Tout commence par un modèle façonné à la main dans l'argile, avec des outils souvent en buis, fabriqués par l'artisan lui-même. C'est là que se jouent le visage, la posture, le geste. Un modèle jugé raté est refait.
- **Le moulage.** À partir de ce modèle, le santonnier fabrique un moule en plâtre. Ce « moule-mère » peut donner 300 à 400 santons. L'artisan talque le moule, y presse l'argile, le ferme en appuyant de tout son poids, puis lisse le socle. C'est à ce moment qu'il appose le tampon de sa « maison ». Un fer est glissé dans la pièce pour la rigidité, puis le santon est démoulé.
- **Le séchage.** À l'air libre, de cinq jours à plusieurs semaines selon la taille, la saison et l'humidité.
- **L'ébarbage.** Au couteau, l'artisan retire la bavure laissée par le moule, lisse la surface au pinceau humide et ponce le socle.
- **La cuisson.** Au four de céramiste, la température monte pendant douze heures jusqu'à 980 °C, puis le refroidissement dure environ 48 heures. On obtient un « biscuit ». Les fours électriques, arrivés dans les années 1950, sont aujourd'hui la norme.
- **La peinture.** Elle se fait à la main, couleur par couleur, aujourd'hui surtout à l'acrylique. C'est l'étape la plus longue. Les peintres, souvent des femmes, travaillent à l'atelier ou chez elles. « On peint comme on s'habille », résume un santonnier interrogé pour l'inventaire.
Petits, grands, habillés : les familles de santons
Chaque maison a sa gamme de tailles. Les 7 et 9 cm sont des standards, les 6 et 9 cm les plus vendus. Les « puces » ne mesurent que 2 à 3 cm. Les grands santons, de 30 cm et jusqu'à 48 cm, visent surtout les collectionneurs. Il existe aussi des santons habillés, d'environ 25 cm, vêtus de vrais tissus ; leur production est aujourd'hui limitée.
On distingue encore les santons de série, sortis du moule, et les santons uniques, modelés sans moule. Certains ateliers proposent des scènes complètes et des décors de crèche.
Qui peuple la crèche provençale ?
Autour de la Sainte Famille, du bœuf et de l'âne, des Rois mages et de l'ange (Boufarèu, l'ange qui sonne de la trompette), c'est tout un village qui se met en marche vers l'étable : les bergers, le meunier, le maire, le curé, le tambourinaire, l'aveugle et son fils, le couple de bohémiens, le boulanger, la poissonnière. Certains personnages viennent de la *Pastorale* d'Antoine Maurel, comme Pistachié ou Pimpara le rémouleur.
Le plus célèbre est sans doute le ravi, ce villageois aux bras levés, émerveillé. Il a donné l'expression « le ravi de la crèche », pour quelqu'un qui s'étonne de tout. Les santonniers suivent aussi leur époque : la fiche d'inventaire cite des sujets contemporains, du gilet jaune à Didier Raoult.
Pour installer la crèche, on place d'abord le décor (collines, rivière, pont, oliviers, maisons de pierre), puis les personnages, en les faisant converger vers l'étable. On les range ensuite à l'abri de la lumière, de l'humidité et de la poussière, dans du papier non acide.
Comment reconnaître un santon fait à l'atelier
La fiche d'inventaire décrit le santonnier comme un artisan qui possède son atelier, crée ses propres modèles, fabrique ses santons et les vend. Quelques repères aident à s'y retrouver :
- **Le tampon sous le socle.** Il est apposé au moulage et porte le nom de la maison. Il permet de savoir qui a fait la pièce.
- **La matière.** Un santon de Provence est en argile, cuite au four depuis Thérèse Neveu.
- **La peinture.** Elle est posée à la main, couleur par couleur, et c'est l'étape la plus longue du travail : c'est elle qui donne vie à la pièce.
- **Le lieu d'achat.** Selon les artisans interrogés, les foires aux santons font 70 à 80 % de leurs ventes. Y acheter, ou à l'atelier, c'est rencontrer celui ou celle qui a fait la pièce et pouvoir lui poser des questions.
Certaines maisons portent des distinctions officielles : Santon Fouque, à Aix, et les Santons Carbonel, à Marseille, sont labellisés Entreprise du patrimoine vivant. Roger Jouve a été Meilleur ouvrier de France en 1968 et en 1972.
Un métier qui s'apprend à l'atelier
En 2020, l'enquête menée pour l'inventaire comptait six santonniers à Aix, dix-sept à Aubagne, présentée comme la « capitale du santon », et treize à Marseille et dans son arrière-pays. La transmission se fait surtout en famille, de père en fils, parfois de mère en fille. « Je suis né dedans », disent plusieurs artisans. Un CAP existe à l'École de céramique de Provence, à Aubagne, mais pour la profession, « l'atelier représente la seule école du santonnier ».
La fiche note aussi les fragilités du métier : la dépendance aux foires de Noël, le vieillissement de la profession et la difficulté à recruter.
Où voir des santons cet automne
La 224e Foire aux santons de Marseille se tiendra du 14 novembre 2026 au 3 janvier 2027 sur le quai du Port, au Vieux-Port, avec 21 santonniers, tous les jours de 10 h à 19 h. En Vaucluse, les Santonnales réunissent 23 artisans santonniers et créchistes les 28 et 29 novembre 2026 à l'Espace culturel de Vaison-la-Romaine, en entrée libre, avec des ateliers autour de l'argile pour les enfants. La fiche d'inventaire cite aussi l'écomusée du santon de Fontaine-de-Vaucluse et ses plus de 2 000 santons ; renseignez-vous sur ses horaires avant de vous déplacer.
Pour découvrir d'autres gestes du territoire, passez par nos artisans et les communes du territoire. Et si vous êtes santonnier en Vaucluse ou en Terre de Provence, racontez-nous votre atelier.
Sources
- Ministère de la Culture, Inventaire du patrimoine culturel immatériel : les savoir-faire des santonniers de Provence (2021)
- France Today, The Santons of Provence: A History
- Office de tourisme de Marseille, les santons en Provence
- Luberon.fr, santons et crèche provençale
- Tendance Hôtellerie, « Marseille déclare ouverte la saison des santons » (13 octobre 2026)
- Provence Guide, Les Santonnales à Vaison-la-Romaine