La façade jaune du Café Van Gogh, place du Forum à Arles
Café Van Gogh, Arles. Photo : Frank Eiffert, Unsplash

Vincent van Gogh n'a passé qu'un peu plus de deux ans en Provence. C'est pourtant là qu'il a peint une grande partie des tableaux qui l'ont rendu célèbre : les tournesols, la terrasse de café d'Arles, La Nuit étoilée, les iris, les cyprès. D'Arles à Saint-Rémy-de-Provence, voici ce qui s'est passé pendant ces années du Sud, et ce qu'on peut encore voir sur place.

Arles, février 1888 : la lumière du Sud

Selon la Fondation Vincent van Gogh Arles, le peintre arrive à Arles le 20 février 1888, après deux années à Paris. Il veut fuir l'agitation de la capitale et le climat du Nord, et trouver la lumière et les couleurs de la Provence.

Wikipédia parle d'une « nouvelle page de son œuvre » qui « s'ouvre avec la découverte de la lumière provençale ». Les couleurs pures qu'il avait étudiées dans sa collection d'estampes japonaises, il les retrouve ici. Le Van Gogh Museum d'Amsterdam rappelle qu'il comparait la Provence au Japon et qu'il écrivait regarder Arles « avec un œil japonais ». Il rêve aussi d'y fonder un « atelier du Midi », une colonie d'artistes.

Le séjour dure environ quinze mois, et il est d'une intensité rare. L'office de tourisme d'Arles compte « environ 300 œuvres en l'espace de 15 mois » ; la version anglaise de Wikipédia parle de 200 tableaux et de plus de 100 dessins et aquarelles. Pour le Van Gogh Museum, c'est à Arles qu'il atteint le sommet de son art.

La Maison jaune et les tournesols

En mai 1888, Van Gogh loue une partie d'une maison au 2, place Lamartine, pour y installer son atelier. Selon Wikipédia, il y dort pour la première fois le 17 septembre. C'est la fameuse Maison jaune, qu'il peint ce même mois de septembre. La maison n'existe plus : endommagée par un bombardement pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a été démolie, rappelle l'office de tourisme.

Pour décorer l'atelier qu'il s'apprête à partager avec Paul Gauguin, il peint la série des Tournesols. Le Van Gogh Museum indique que les deux premières toiles ont été accrochées dans la chambre de Gauguin. Le décompte varie selon les sources, de cinq grandes toiles de tournesols dans un vase pour le musée d'Amsterdam à six toiles arlésiennes pour Wikipédia, selon qu'on compte ou non les répétitions.

La même année, en septembre 1888, il peint la Terrasse du café le soir, place du Forum. Le café a été restauré au début des années 1990, peint en jaune et rebaptisé « Café Van Gogh » : c'est lui qu'on voit en photo en haut de cet article. Le tableau, lui, est aux Pays-Bas, au musée Kröller-Müller.

Gauguin, puis la crise de décembre 1888

Paul Gauguin rejoint Van Gogh à Arles le 23 octobre 1888. Les deux peintres travaillent côte à côte pendant environ deux mois. Selon le Van Gogh Museum, Gauguin pousse son ami à peindre de mémoire et d'imagination plutôt que d'après nature. Mais les tensions montent vite.

Le soir du 23 décembre 1888, après une dispute, Gauguin quitte la maison. Van Gogh, dans un état de grande confusion, se coupe une partie de l'oreille gauche. Il est soigné à l'hôpital d'Arles par le docteur Félix Rey. Gauguin quitte Arles. Van Gogh revient à la Maison jaune le 7 janvier 1889, mais une nouvelle crise le ramène à l'hôpital à la fin février.

Saint-Rémy, mai 1889 : un an à Saint-Paul-de-Mausole

Le 8 mai 1889, Van Gogh entre de lui-même à la maison de santé de Saint-Paul-de-Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence. Le lieu est un ancien monastère roman, fondé près des ruines antiques de Glanum, dont le cloître et le clocher sont classés monuments historiques depuis 1883. Selon le site du monument, il y reste jusqu'au 16 mai 1890, soit 53 semaines.

Cette année-là est l'une des plus fécondes de sa vie. Le site de Saint-Paul-de-Mausole et Wikipédia comptent 143 peintures à l'huile et plus de 100 dessins ; le Van Gogh Museum parle d'environ 150 tableaux. Parmi les premiers, les Iris, peints d'après nature dans le jardin de l'hôpital, en mai 1889. Lors de courtes promenades accompagnées, il peint les cyprès et les oliviers. Depuis sa fenêtre, il peint au moins quatorze fois le champ clos qu'il voit en contrebas.

La Nuit étoilée de Van Gogh : un ciel tourbillonnant au-dessus d'un village, un cyprès au premier plan
Vincent van Gogh, La Nuit étoilée, 1889, Museum of Modern Art, New York (domaine public, Wikimedia Commons).

C'est aussi de sa chambre qu'est née La Nuit étoilée. En juin 1889, Van Gogh annonce dans une lettre « une nouvelle étude d'un ciel étoilé ». La toile montre le village de Saint-Rémy sous un ciel en tourbillons ; le cyprès du premier plan a été ajouté pour la composition. Elle est conservée au Museum of Modern Art de New York depuis 1941.

Le 16 mai 1890, Van Gogh quitte Saint-Rémy pour Auvers-sur-Oise, près de Paris. Il y meurt le 29 juillet 1890, à 37 ans, deux jours après s'être tiré une balle.

Sur les pas de Van Gogh aujourd'hui

À Arles

L'office de tourisme propose un circuit Van Gogh à pied : des panneaux reproduisant ses tableaux sont placés à l'endroit supposé où il a planté son chevalet. Le parcours passe par la terrasse de café de la place du Forum, le quai du Rhône où il a peint La Nuit étoilée sur le Rhône en septembre 1888, l'emplacement de la Maison jaune place Lamartine, les Arènes, les Alyscamps et le pont de Langlois, reconstruit au sud de la ville.

L'Espace Van Gogh occupe l'ancien Hôtel-Dieu, où le peintre a été soigné en 1888 et 1889. Son jardin, en accès libre, s'inspire du tableau Le Jardin de l'hôpital d'Arles.

La Fondation Vincent van Gogh Arles, ouverte en 2014 dans l'hôtel Léautaud de Donines, rue du Docteur-Fanton, se veut un lieu de référence sur la vie et l'œuvre du peintre et invite des artistes contemporains. Attention : elle est fermée jusqu'au 21 novembre 2026 inclus et rouvre le 22 novembre avec l'exposition « Moissons », jusqu'au 4 avril 2027.

À Saint-Rémy-de-Provence

Le site de Saint-Paul-de-Mausole se visite : le cloître roman, la chapelle, la chambre et l'atelier de Van Gogh reconstitués, le bureau du docteur Peyron et le « champ Van Gogh ». Des reproductions de ses tableaux sont installées là où il les a peints. Une galerie d'art-thérapie, Valetudo, y a été fondée en 1995. D'octobre 2026 au 3 janvier 2027, le site annonce une ouverture tous les jours de 10 h 15 à 17 h 15, dernière entrée à 16 h 30 (fermé les 25 décembre et 1er janvier), avec une entrée à 10 € (7 € en tarif réduit).

Pour aller plus loin, relisez notre article sur Cézanne et la Sainte-Victoire, l'autre grand peintre de la lumière provençale, et retrouvez les artistes d'aujourd'hui dans notre rubrique art. Vous peignez, sculptez ou illustrez en Vaucluse ou en Terre de Provence ? Racontez-nous votre histoire.

Sources