Une collection d'assiettes anciennes décorées, accrochées sur un mur
Photo : Alicia Christin Gerald, Unsplash

La vaisselle ancienne n'est pas toujours dangereuse, mais elle peut l'être. Certaines glaçures anciennes contiennent du plomb, et certains décors rouges, orange ou jaunes du cadmium. Ces métaux peuvent passer dans les aliments, surtout s'ils sont acides ou chauds, et d'autant plus que l'émail est usé. Une pièce intacte qui reçoit des aliments secs pose bien moins de question qu'une assiette fatiguée garnie chaque jour de sauce tomate. En cas de doute, la règle est simple : gardez-la pour le décor. Voici comment faire la part des choses.

Pourquoi du plomb dans les émaux ?

Le plomb a longtemps été un allié des potiers. Selon la Food and Drug Administration américaine, il aide les particules de l'émail à fondre pour que le revêtement fusionne avec l'argile pendant la cuisson. Quand la pièce est bien cuite, le plomb reste presque entièrement prisonnier de l'émail. Quand la cuisson est insuffisante, ou que l'émail est abîmé, il peut migrer dans les aliments et les boissons.

Le cadmium, lui, sert de pigment. Une étude de l'université de Plymouth, au Royaume-Uni, rappelle qu'il donne des rouges, des orange et des jaunes éclatants, et qu'elle en a mesuré sur des verres décorés anciens et récents, mais aussi sur des tasses, assiettes et bols en céramique neufs. Son auteur, le chercheur Andrew Turner, souligne que le risque dépend de la facilité avec laquelle le cadmium s'écaille ou migre ; et l'émail des céramiques peut se dégrader avec le temps.

Quels risques pour la santé ?

Le plomb n'a aucun rôle utile dans l'organisme. Santé publique France explique qu'il s'accumule surtout dans le squelette, où il reste très longtemps, et que l'intoxication est souvent silencieuse. Les jeunes enfants et les femmes enceintes sont les plus exposés ; même à faible dose, le plomb nuit au développement psychomoteur de l'enfant. L'agence cite d'ailleurs la vaisselle artisanale (plats à tajine, céramiques, cristal, étain) parmi les sources d'exposition, aux côtés des vieilles peintures et des canalisations en plomb. L'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur mentionne elle aussi les vaisselles artisanales, et l'INRS compte la poterie parmi les activités qui exposent au plomb ceux qui la pratiquent.

Chez l'adulte, l'ANSES rappelle que le plomb touche aussi les reins et le système cardiovasculaire. Pour le cadmium, une exposition prolongée par voie orale peut provoquer des maladies rénales et une fragilité osseuse ; il est classé cancérogène pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer. Ces effets sont liés à une exposition répétée : une tasse ancienne utilisée une fois n'a rien d'un poison, c'est l'usage quotidien qui compte.

Quelles pièces sont concernées ?

Toute la vaisselle ancienne n'est pas suspecte, et une faïence de famille n'a rien d'une menace par nature. Les autorités de santé désignent plutôt des profils de pièces. Le département de la Santé publique de Californie note que les pièces anciennes ont été fabriquées avant que le plomb ne soit réglementé dans la vaisselle. Il recommande la prudence face :

  • aux couleurs vives ou aux décors sur les surfaces intérieures, celles qui touchent les aliments ;
  • aux décors posés sur l'émail plutôt que dessous ;
  • aux pièces faites à la main, sauf si l'on sait que le potier utilise un émail sans plomb ;
  • aux terres cuites vernissées traditionnelles.

La FDA y ajoute les pièces d'un orange, d'un rouge ou d'un jaune vif, celles achetées sur les marchés aux puces ou d'un fabricant inconnu, et les objets abîmés ou très usés. Le cristal ancien demande la même vigilance : Santé Canada conseille de n'y conserver ni aliment ni boisson.

Comment savoir si une assiette est à risque ?

Regarder l'émail

Un émail en bon état est lisse et brillant. Le département de la Santé publique de Californie demande de ne plus utiliser une pièce dont l'émail est corrodé, ou qui laisse un dépôt gris, poussiéreux ou crayeux après lavage. Un décor qui commence à s'effacer peut signaler un risque plus grand encore.

Lire le revers

Une mention du type « ne convient pas à l'usage alimentaire » est sans appel. Santé Canada ajoute un indice simple : un trou, un crochet ou un support d'accrochage signale un objet décoratif, pas une assiette de table.

Faire tester

Des tests à frotter, qui changent de couleur au contact du plomb, se vendent en magasin ou en ligne, indique la FDA. Pour un avis fiable, l'analyse en laboratoire reste la référence. À Genève, le service de la consommation du canton a proposé un dépistage gratuit de la vaisselle ancienne ou artisanale : un test rapide au guichet, puis une analyse en laboratoire pour confirmer et mesurer la concentration en cas de résultat positif. Laver ou faire bouillir une pièce n'y change rien : selon la FDA, aucun lavage n'enlève le plomb d'une poterie.

Ce que dit la réglementation

En Europe, la vaisselle en céramique relève du règlement-cadre 1935/2004 sur les matériaux au contact des aliments et de la directive 84/500/CEE, modifiée en 2005. Elle fixe des limites de migration du plomb et du cadmium selon le type d'objet : 0,8 mg/dm² de plomb et 0,07 mg/dm² de cadmium pour les pièces plates ou peu profondes ; 4 mg/l et 0,3 mg/l pour les autres récipients ; 1,5 mg/l et 0,1 mg/l pour les ustensiles de cuisson et les grands récipients de stockage. Transposée en droit français en 1985, elle fait l'objet d'un plan de contrôle annuel de la DGCCRF, selon un avis de l'Afssa, devenue l'ANSES.

Ces règles doivent évoluer. Dans une réponse au Sénat, le gouvernement détaillait la révision engagée au niveau européen : un champ élargi au verre et aux surfaces émaillées, des valeurs limites revues pour le plomb et le cadmium, et l'ajout du chrome, de l'arsenic et du cobalt. Mais ces textes visent les objets mis sur le marché : l'assiette héritée ou chinée n'a, elle, jamais été contrôlée.

Nos conseils pour l'utiliser sans risque

  • Réservez au décor les pièces douteuses : celles à l'émail usé, fêlé ou crayeux, aux décors intérieurs vifs, d'origine inconnue.
  • Évitez les aliments acides : selon le département de la Santé publique de Californie, agrumes, tomates, sodas, café et thé font migrer le plomb beaucoup plus vite.
  • Ne chauffez pas : la cuisson et le micro-ondes accélèrent la migration. Pas de gratin au four ni de soupe réchauffée dans un plat ancien.
  • Ne conservez rien : un aliment qui séjourne longtemps dans un récipient se charge davantage, rappelle le canton de Genève.
  • Protégez les plus fragiles : servez les enfants et les femmes enceintes dans de la vaisselle récente.
  • Pour un usage occasionnel, préférez les aliments secs, comme le pain, les fruits entiers ou les biscuits, et une pièce en bon état.

L'Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire va dans le même sens : il recommande vivement de ne pas utiliser les céramiques rapportées en souvenir pour manger ou boire, et appelle à la prudence pour la vaisselle de marché aux puces ou d'origine inconnue.

Chiner en Provence, l'œil averti

Le Vaucluse est une terre de chineurs. À L'Isle-sur-la-Sorgue, l'office de tourisme recense six villages d'antiquaires regroupant 250 professionnels, et la brocante du dimanche déballe chaque semaine, avenue des Quatre-Otages, de 9 h à 18 h. On y trouve des assiettes provençales, des faïences fines du Pays d'Apt, dont le musée local raconte l'histoire, et des pièces de Moustiers, dont nous avons retracé le savoir-faire.

Ces trésors méritent d'être aimés pour ce qu'ils sont : des œuvres. Accrochée au mur, posée sur un vaisselier ou garnie de fruits secs, une faïence ancienne garde toute sa place à la maison. Pour la table de tous les jours, tournez-vous vers les céramistes d'aujourd'hui. Vous en trouverez sur le territoire dans notre annuaire des artisans : demandez-leur si leurs émaux sont prévus pour le contact alimentaire, ils connaissent leurs émaux mieux que personne.